Revenons sur les textes majeurs de son pontificat. Cela commence par Lumen Fidei, la lumière de la foi, écrite comme à quatre mains avec Benoît XVI. Entre eux deux, une même foi qu’ils décrivent ensemble. Tous les commentateurs se méprennent et se fourvoient en voulant les opposer. Une même foi les unit. Et un même amour des plus pauvres. Seuls les différencient des caractères, des manières d’être, une communication, pas la foi ni la charité, ni non plus l’espérance !
Pèlerins de l’espérance
Que l’année sainte soit pour tous un moment de rencontre vivante et personnelle avec le Seigneur Jésus, "porte" du salut écrivait le pape François dans sa bulle d’indiction. Devinait-il à quel point cette année serait pour lui celle de la rencontre par excellence avec son Seigneur ? Il est "notre espérance" proclamait-il, Lui que l’Église a pour mission d’annoncer toujours, partout et à tous.
Oui, nous devons "déborder d’espérance" pour témoigner de manière crédible et attrayante de la foi et de l’amour que nous portons dans notre cœur ; pour que la foi soit joyeuse, la charité enthousiaste ; pour que chacun puisse donner ne serait-ce qu’un sourire, un geste d’amitié, un regard fraternel, une écoute sincère, un service gratuit, en sachant que, dans l’Esprit de Jésus, cela peut devenir une semence féconde d’espérance pour ceux qui la reçoivent insistait-il au numéro 18. Relisant ce texte aujourd’hui, il semblerait qu’il parle de lui.
Selon sa volonté il sera inhumé à Sainte Marie Majeure, lui qui écrivait dans Spes non confundit : "dans les vicissitudes orageuses de la vie, la Mère de Dieu vient à notre aide, nous soutient et nous invite à avoir confiance et à continuer d’espérer.
Au numéro 25 on dirait qu’il nous avertit, n’ayez pas peur, ne prenez pas le deuil : En route vers le Jubilé, revenons à l’Écriture Sainte. Cela nous encourage fortement, nous qui avons cherché refuge dans l’espérance qui nous était proposée et que nous avons saisie. Cette espérance, nous la tenons comme une ancre sûre et solide pour l’âme ; elle entre au-delà du rideau, dans le Sanctuaire où Jésus est entré pour nous en précurseur ». C’est une invitation forte à ne jamais perdre l’espérance qui nous a été donnée, à nous y agripper en trouvant refuge en Dieu.
Laudato si
Quel héritage ce pape nous laisse-t-il ? Après la lumière de la foi qu’il partage avec Benoît XVI, sa première encyclique est Laudato Si. Loué soit le Seigneur pour sa création.
Nous avons besoin d’une conversion qui nous unisse tous, parce que le défi environnemental que nous vivons, et ses racines humaines, nous concernent et nous touchent tous écrivait-il.
Loin des principes de ceux qui s’autoproclament les "écologistes", il revendique une écologie qui remet l’homme au centre de la terre, au centre du projet du créateur.
Tout est lié développait-il, toute approche écologique doit incorporer une perspective sociale qui prenne en compte les droits fondamentaux des plus défavorisés. (…) Puisque tout est lié, la défense de la nature n’est pas compatible non plus avec la justification de l’avortement (…) la dégradation de l’environnement et la dégradation sociale, s’alimentent mutuellement. Pas le passage que la presse a le plus commenté…
Pas plus que son invitation aux bonheurs simples à l’opposé de nos sociétés de consommation. C’est un retour à la simplicité exposait-il. La sobriété, vécue avec liberté et de manière consciente, est libératrice. Ce n’est pas moins de vie, ce n’est pas une basse intensité de vie mais tout le contraire. Le bonheur requiert de savoir limiter certains besoins qui nous abrutissent, en nous rendant ainsi disponibles aux multiples possibilités qu’offre la vie. L’heure est arrivée de réaliser que cette joyeuse superficialité nous a peu servi.
Fratelli tutti
Mais le Saint Père ne s’est pas contenté de dresser un diagnostic. Dans Fratelli tutti, il délivre une ordonnance, il montre comment guérir le monde.
Déjà Saint François dont il a choisi le nom l’avait poussé à un développement sur la beauté de la création. Le même Saint François lui souffle le début de sa seconde encyclique : heureux celui qui aime l’autre autant lorsqu’il serait loin de lui comme quand il serait avec lui.
Nous, croyants, nous devons tous le reconnaître : l’amour passe en premier, ce qui ne doit jamais être mis en danger, c’est l’amour ; le plus grand danger, c’est de ne pas aimer poursuivait-il.
Cet amour des autres, de tous les autres, caractérise le pape François. Dans le cadre des jubilés, il a fait une nouveauté, quelque chose qu’aucun pape avant lui n’avait fait. Il a ouvert une porte sainte dans une prison. Exprimant ainsi que toutes nos prisons peuvent devenir des portes, pour peu qu’on laisse la miséricorde divine s’y installer.
Dilexit nos
La miséricorde divine, voilà précisément le thème de sa dernière encyclique, Dilexit Nos. Le cœur, a-t-il expliqué, est le lieu de la sincérité où l’on ne peut ni tromper ni dissimuler.
Allons vers le Cœur du Christ demandait-il, le centre de son être qui est une fournaise ardente d’amour divin et humain et qui est la plus grande plénitude que l’homme puisse atteindre. C’est là, dans ce Cœur, que nous nous reconnaissons finalement nous-mêmes et que nous apprenons à aimer.
Nous sommes consolés livrait-il en guise de conclusion prémonitoire, dans cette contemplation du Cœur du Christ donné jusqu’au bout. La douleur que nous ressentons dans notre cœur cède la place à une confiance totale, et il ne reste à la fin que de la gratitude, de la tendresse, de la paix, son amour régnant dans notre vie. On dirait ces mots écrits par lui, pour nous-mêmes aujourd’hui !
Ora pro nobis
Nous avons tous encore dans notre cœur les paroles que le Pape François nous a adressées tant de fois, son invitation "n’oubliez pas de prier pour moi". Remercions le Seigneur pour les dons faits à toute l’Église par le ministère apostolique du Pape François, pèlerin d’espérance qui ne déçoit pas.
Seigneur tu avais choisi ton serviteur le pape François
pour succéder à l’apôtre Pierre
et pour être le pasteur de ton Église ;
donne-lui de goûter pour toujours dans la joie du ciel
les mystères de ta grâce et de ta miséricorde
qu’il a célébrés sur terre avec confiance.
Frère Alexis Kleiner
Crédit photo : Korea.net / Korean Culture and Information Service









