Ce n’est pas l’escroquerie que Jésus loue bien évidemment, c’est l’intelligence de cet homme. Jésus nous demande d’être aussi débrouillards pour obtenir les biens du ciel ! Ces biens célestes qui sont les vraies valeurs éternelles. Donc nous devons bien comprendre que Jésus ne veut pas dire ici que la fin justifierait les moyens, ni même que pour une fin louable, voire sainte, nous serions autorisés à y parvenir en employant des moyens illicites. Vraiment, la fin ne justifie pas les moyens !
Et dans le même temps, Jésus veut nous mettre en garde sur l’usage que nous faisons de l’argent. Reconnaissons-le, il peut nous arriver d’y être attaché. N’y mettons pas notre cœur, l’argent nous sert mais si nous ne faisons pas attention, c’est nous qui finirons par le servir. Consacrer sa vie à « faire de l’argent », c’est faire fausse route. C’est aussi grave que l’idolâtrie que les prophètes ont tellement pourchassée. Dans la phrase « Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent », le mot « servir » a un sens religieux, bien sûr.
Cet Évangile nous est justement offert pour que nous acceptions d’examiner quelle place l’argent tient dans notre cœur. Sommes-nous généreux ? Le sommes-nous suffisamment ? Je sais bien que ces questions nous gênent et que nous n’aimons guère réfléchir à ce sujet. Mais l’Évangile nous encourage à ne pas nous tromper de cible. Aucun défunt n’emporte avec lui, dans l’au-delà, sa fortune. « Un linceul n’a pas de poche », ou bien « on n’a jamais vu un coffre-fort suivre un corbillard » disent les proverbes de la sagesse populaire.
Remarquez que, aujourd’hui comme au temps de Jésus, beaucoup restent légitiment préoccupés par l’argent. Certains pour vivre ou survivre, mais d’autres pour vivre dans l’opulence et le repli sur soi, d’autres encore aux dépens de certains en vue d’exercer du pouvoir. On se rappelle d’un Lévi (notre saint Matthieu donc), d’un Zachée, d’un certain Judas aussi… Nous nous souvenons aussi de l’enfant prodigue et de bien d’autres… En deux mille ans, peut-on dire qu’avec le progrès, nous aurions dépassé cette avidité et cette soif de l’argent ! Hum… hum… Cela reste un sujet chaud et difficile, un sujet essentiel, et il est bon de s’interroger sur la place de l’argent et de Dieu dans notre vie.
Nous vivons dans un monde qui voudrait nous faire croire que tout peut s’acheter, que l’on peut tout obtenir en y mettant le prix, même l’amour. Le livre biblique du Cantique des cantiques s’interroge : « Un homme donnerait-il toutes les richesses de sa maison pour acheter l’amour, il ne recueillerait que mépris. » Oui nous avons tendance à perdre le sens de la gratuité, le sens du don et celui de se donner gratuitement. Car de plus en plus, il nous est pénible d’attendre, d’économiser, de travailler pour mériter. Nous voulons tout, et tout de suite et si possible gratuitement, en oubliant que certains ont payé très cher pour ce résultat. C’est notre génération du streaming : vouloir tout prendre tout de suite même si cela est dangereux à court ou moyen terme. Cela peut entraîner dans une course insatiable où l’on risque, tout simplement, de passer à côté de l’essentiel. Préoccupé de son seul ego, on ne prend plus le temps de donner à notre tour ni même celui de recevoir avec reconnaissance. On risque d’oublier ce si beau verbe : « PARTAGER ». C’est pourtant la base d’une vie en société belle et paisible telle que Jésus la propose.
En ce jour où nous accueillons les jeunes et leurs parents qui préparent le Confirmation ou la Profession de Foi, ainsi que le retour du groupe catéchuménal, nous voulons témoigner que nous désirons tous ensemble mettre Dieu à la première place dans nos vies et faire que l’argent reste un moyen pour vivre et jamais un but en soi. Alors la charité fraternelle, le partage, le don de soi, l’entraide mutuelle seront au coeur de nos préoccupations paroissiales et familiales ! Un changement profond de notre société commencera par notre engagement à la suite de Jésus.
Père Jean-Luc PAPET, curé
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