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Une famille de réfugiés

C’est ainsi que nous apparaît la Sainte Famille dans l’évangile de ce dimanche après Noël.

Doublement exilés, Joseph, Marie et Jésus ont d’abord dû fuir à l’étranger, en Égypte, puis se retirer discrètement en Galilée parce que, dans leur propre patrie, la Judée leur était interdite. Ainsi la famille humaine du Fils de Dieu a-t-elle connu dans sa chair et dans son cœur les tribulations de la déportation et de l’ostracisme causées par la folie meurtrière des grands de ce monde. Une histoire qui a un relent d’actualité, n’est-ce pas ?

Aujourd’hui, nous accompagnons la sainte famille sur les chemins de son exil. Nous sommes aussi invités à réfléchir sur la situation des familles dans notre société. Il n’y a pas de quoi pavoiser. La persécution qui élimine physiquement, les files de réfugiés sur les routes ou les bateaux du hasard, la dislocation des familles par l’emprisonnement, les expulsions, les camps de concentration ou de rééducation, c’est le pain quotidien de millions de personnes – et en particulier d’enfants – à travers le monde. Un pain qu’elles mangent avec leurs larmes, car tout le reste a le goût de cendres quand manque l’amour.

Il y a plus subtil dans nos pays de liberté où les droits de l’homme paraissent respectés. Chez nous, les familles ne sont pas épargnées pour autant. Les conditions de travail et de logement contraignent les membres de nombreuses familles à vivre séparés durant toute la journée … et les enfants, seuls dans la rue, en font les frais. Et la plaie des disputes, de l’alcoolisme, des séparations, des divorces ? Toujours avec les plus funestes répercussions sur les plus innocents. Notre société est malade de ses enfants tués, abandonnés, sans soins, sans éducation, sans amour et sans foi. Nous ne pouvons pas être fiers de nous.

Trêve de gémissements. Car c’est vrai, il y a aussi des familles admirables, même avec des gros problèmes. Il y aussi des institutions, des familles et des personnes qui donnent temps, argent et surtout affection pour les enfants des autres, victimes des adultes, chez nous ou ailleurs.

Pourtant, si nous voulons guérir ces plaies sociales, il nous faut retourner vers la sainte famille et la contempler en ses épreuves. Dans l’exil, la persécution, le dépouillement de tout, qu’est-ce qui fit sa force, qu’est-ce qui lui permit d’aller de l’avant, non sans souffrances certes, mais sûrement sans dégâts irréparables.

Il y avait d’abord la venue de Dieu au cœur de ce foyer par la présence silencieuse de Jésus, évidemment, mais aussi par la Parole méditée, par la prière partagée, par une existence continuellement orientée vers le désir d’accomplir la volonté du Seigneur. Aux moments de crise, il faut une foi solide pour retenir un édifice qui s’écroule sous l’avalanche des évènements. Nos familles – dont beaucoup sont pourtant le fruit du sacrement du mariage – ne sont-elles pas d’abord infirmes de leur vie religieuse insignifiante, pour ne pas dire inexistante ?

Il y avait ensuite la tendresse d’un couple. On voit la délicatesse de Joseph qui prend l’enfant et sa mère pour fuir de nuit devant les menaces fomentées par Hérode. On le retrouve avec les mêmes gestes d’affection au retour de Nazareth. Et entre deux, sur la terre étrangère et peut-être hostile, on devine le partage conjugal qui permit à ces époux et parents de tenir bon ensemble devant l’adversité. Nos familles ne sont-elles pas aussi handicapées par des couples qui ne savent plus dialoguer, s’asseoir pour réfléchir, prendre le temps de continuer à se fréquenter … surtout après le mariage ? Vivre ensemble dans la foi en Dieu et dans un continuel échange d’amour, quitte à passer par des réconciliations si c’est nécessaire, voilà peut-être le secret d’un certain bonheur familial que tout homme recherche instinctivement, à moins qu’il n’en subisse sa vie durant les terribles séquelles quand il lui a manqué. La famille est un cadeau trop précieux pour ne pas tout faire – avec la grâce de Dieu – afin de lui rendre toutes ses chances, aujourd’hui surtout. Nous en avons tous besoin.

Votre curé, le Père Dominique Chéreau, sv